interview

Salò
Rencontre avec DLE (claviers, sample, drone) et HCT (chant et basse) du groupe Salò. Un enigmatique trio qui sort un nouvel opus "L’Appel du Néant" qui fait suite à un EP remarqué "Sortez vos Morts" paru en 2021. Ils disent de leur musique "qu'elle n’est pas faite pour être adorée, elle est écrite pour être décriée." Un groupe et un album à découvrir.


L&T: Salut à vous, avant de commencer petit retour sur qui est "Salò" ?
DLE: Salò c'est un regard, pour ne pas dire une critique, de nos sociétés, de notre comportement schizophrénique. Salò, c'est provoquer pour susciter une réflexion sur notre fuite en avant. C'est le leitmotiv de Salò depuis a création du groupe.

L&T: Musicalement, on reste dans cette mouvance "black metal", du vrai Black bien profond parfois même un peu brutal également, ou bien vous vous définissez autrement ?
DLE : Black Metal c’est certain, c’est même l’essence du projet initial qu’avaient HCT et AVE en tête quand ils ont voulu créer Salò. A côté de cela, nous écoutons tous les trois des choses différentes. On essaie de proposer une musique avec une personnalité propre, ce qui peut demander du temps mais les choses se peaufinent au fur et à mesure. On mixe aussi bien du Black Metal que de la musique industrielle en essayant de développer un univers qui nous ressemble. Si on résume, on fait une
musique extrême, industrielle et cinématographique.
HCT : Du black metal à la base mais comme le dit DLE, teinté de nos influences qui vont du crust-grind à l'industrielle en passant par le doom ou la darkwave. Le but est de construire l'ambiance idoine pour appuyer les thématiques de chaque titre.

L&T: Pouvez-vous nous présenter "L’Appel du Néant". Où nous entraînez-vous cette fois-ci ?
HCT : L'appel du Néant pourrait avoir comme sous-titre « Les faits ne cessent pas d'exister parce qu'on les ignore. » (Aldou Huxley). C'est la suite de « Sortez vos morts ». On reste sur les mêmes thématiques mais les ambiances développées mettent mieux en exergue les textes et les samples audio.
DLE : Il y a toujours un gros côté cinématographique avec Salò, on a essayé de construire un album avec l’idée qu’il soit cohérent et si possible que l’auditeur puisse l’écouter en une traite. Nos thèmes peuvent être dystopiques ou clairement ancrés dans la réalité. « L’appel du néant » est un mélange de tout cela, on a utilisé des reportages, des extraits de film ou audio book. Toutes ces données
nous permettent de développer un univers sombre. Encore une fois, on entraîne les gens dans un tunnel, sans lumière, en questionnant nos comportements sur des sujets aussi divers que la violence, la guerre, les addictions. On n’est pas des donneurs de leçon mais juste des témoins des déviances aussi subtiles que variées de l’être humain.

L&T: "L’Appel du Néant.", votre nouvel album est-il une continuation à l’EP "Sortez Vos Morts" ?
DLE/HCT : C’est un prolongement de l’Ep mais avec une identité peut être plus marquée au niveau de la composition mais aussi au niveau du travail de la production de l’album. Depuis la création du groupe, on essaie de développer une identité à Salò à chaque nouveau morceau. L’Ep était un « mur », très brut mais avec « L’appel du Néant » nous avons essayé d’y rajouter un peu plus de respirations, comme supplanter la violence par une mélancolie oppressante pour mieux entraîner l'auditoire au bord de la neurasthénie.

L&T: Qu'est ce qui vous inspire dans l'exploration des côtés sombres de l'espèce humaine ? Vaste sujet d'ailleurs non ?
HCT : Notre inspiration : la vie de tous les jours, nos lectures et les films qui nous ont marqué tant par leurs sujets que par leurs projections sur nos sociétés. Notre aspiration : Provoquer pour mieux dire« Réveillons nous ! »
DLE/ HCT : On est mitraillé tous les jours d’images, de discours qui ne font pas avancer notre espèce, loin de là. Que ce soit de quidam moyen comme nous ou de nos soit-disantes élites, on ne se projette pas dans des solutions, on se déresponsabilise en rejetant la faute ou l'inaction sur « l'Autre ». On laisse
la violence gangrener nos vies, que ce soit dans les sphères professionnelles, personnelles ou politiques. Donc oui vaste sujet qui n'est pas prêt de s'arrêter au regard de l'actualité mondiale.

L&T: Qui, chez Salò, est passionné par tous ces travers malsains ?
DLE/HCT : On ne parlera pas de passion d'un de nous trois mais plutôt que nous nous sentons concernés. Tous les trois nous apportons nos interrogations sur nos vies, sur la violence faite à autrui et à l'environnement, sur la transformation de nos sociétés en démocratie défaillante pour ne pas dire démocrature en devenir.

L&T: Vous dites "La musique de Salò n’est pas faite pour être adorée, elle est écrite pour être décriée". C'est de la provocation ou pour une prise de conscience collective ?
HCT : Cela vient d'une des chroniques de « Sortez nos morts » et nous la trouvons à propos. J'aurai tendance à dire que c'est une provocation en mode « Va et vois » pour mieux susciter des réactions et, peut être, une prise de conscience individuelle. Mais pour ça il faudra que tout à chacun sorte de son hébétude. Quant à parler d'une prise de conscience collective, je pense qu'elle n'arrivera qu'avec de très grands maux et cela risque d'être déjà trop tard.
DLE : Qu’importe si on prend cela pour de la provocation et je ne crois pas à la prise de conscience collective. Ce serait le cas, nous aurions avancé sur des nombreux sujets sociétaux, « sujets » que tu retrouves dans les pages des faits divers, « sujets » que tu retrouves dans les journaux télévisuels. Des associations, des personnalités publiques tentent des choses mais l’être humain est ce qu’il est : capable du meilleur comme du pire.

L&T: Qu'est ce que vous allez faire après ? Le sujet est tellement vaste... Vous avez déjà une idée ?
DLE/HCT : On travaille déjà sur le prochain album/EP, on a beaucoup de chose encore à explorer avec Salò et tant de noirceur à façonner. En parallèle, nous travaillons sur nos prochains concert avec l'aide de l'équipe de la Gare aux Musiques, salle de musique actuelle de Louviers ainsi qu'avec notre ingé light
Nicochoo. Pour nous les lights doivent faire parties intégrante de nos prestations.
Les textes en français c'est pour mettre des mots précis sur tous les maux ?
HCT : Exactement. Chanter en français me permet de rendre le message de chaque titre intelligible et ce malgré un chant saturé tout du moins je l’espère. J'aime travailler mes textes, me replonger dans le dictionnaire pour trouver le mot juste, fouiller les recueils de rimes. Le texte est aussi important que le choix des samples audios. L'un va avec l'autre, ils doivent former un ensemble cohérent.

Quels thèmes vous développez plus spécifiquement sur cet album ?
HCT : Le déni, la fuite en avant, la déresponsabilisation, la violence endémique, le « Plus jamais ça » pour mieux l'oublier.

L&T: Est ce que les compositions ont été faites pour la scène, ou toutes ne pourront pas être jouées "live" ?
DLE/HCT : Tous nos titres sont faits pour être joués en live. Dès que la structure d’un morceau est définie, nous le travaillons ensemble en répétition en nous projetant sur son intégration dans la set list du moment. Par contre, et au regard du style dans lequel nous évoluons, nous figeons une set list de max 40 minutes. Nous sommes donc obligé de sélectionner les morceaux que nous jouons live. Actuellement,
nous privilégions d'abord les titres de l'album plutôt que ceux de l'EP.

L&T: D'ailleurs, en parlant live, vous avez des dates déjà prévues ?
DLE : On joue à Coutances avec Murder Sermon le 22 Mars dans un lieu qui se nomme le Lady Bière. C’est une date organisée par Eclosion Booking. Puis nous enchainerons avec le Warm Up Hellfest à Cherbourg le 03 Mai avec Benighted et TEN56. Un autre groupe local Getting Low sera présent également. D’autres dates seront annoncées plus tard dans l’année mais on continue de prospecter car la scène fait partie de nos motivations.

L&T: Dans tout cela, il n'y a pas un peu d'espoir avec, peut être, une prise de conscience ?
DLE/HCT : Pas d’espoir et encore moins de prise de conscience. Trouver un équilibre, être juste, les soit disants «décisionnaires » de ce monde n’y arrivent pas, chacun tire la couverture pour soi. Alors pourquoi dans des échelles plus locales on y arriverait ? C’est une boucle sans fin qui se répète à l’infini. On en prendra conscience que lorsque ce sera trop tard et nous serons déjà en voie d'extinction.
L’éducation serait un moyen de changer les mentalités mais il faut le vouloir et y mettre les moyens et ce n'est pas la direction que prend notre société. On oublie que nous tous avons le pouvoir de renverser les choses. Mais pour ça il va falloir sortir de sa zone de confort en arrêtant de se voiler la face.

L&T: On a une question rituelle pour terminer les interviews: quel est le dernier morceau ou le dernier album que vous avez écouté ?
DLE : Aujourd’hui j’ai écouté « Internal Punishment Programs » des norvégiens de Red Harvest. Album toujours aussi efficace 19 ans après sa sortie.
HCT : "Perdition" du groupe Fange.

L&T: Merci pour cette interview
HCT: Merci à toi.


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L&T le 29.02.2024
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